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Chapitre 01Retour |
La Maison
Un soir, je suis assit sur le lit dans ma chambre d'hôtel sur Bunker Hill,
en plein coeur de Los Angeles. C'est un soir important dans ma vie, parce
qu'il faut que je prenne une décision pour l'hôtel. Dois-je rester, ou pas ?
Dois-je continuer à habiter ici, comme depuis ces quatre années qui ont passé,
à une vitesse fulgurante, je dois avouer. Toujours assis, je me remémore les évènements passés. Tout ce temps déjà. Cela fait depuis l'âge de douze ans que je mène ma vie vagabonde. Sauf que aujourd'hui, j'ai un boulot, j'ai de l'argent, assez en tout cas pour s'acheter une chambre d'hôtel, et un métier. Tout pour plaire. Sauf une femme à vrai dire, mais ce n'était pas les amies qui manquaient, au contraire même, je n'avais pratiquement que cela. Il faut dire que les hommes se font rares en ce moment. N'allez pas me demander pourquoi, je ne le sais pas moi-même. Les seuls hommes qui restent sont les littéraires qui restent cloîtrés dans leurs bibliothèques, à lire, et lire encore des bouquins qu'ils connaissent déjà par coeur. Ils se font livrer leurs repas. Je me demande même comment ils font leurs besoin. Ont-ils combiné leurs chaises avec une cuvette de WC ? Les autres sont les "invalides", pratiquement incapables de se déplacer tout seuls. Quoiqu'il en soit, il était temps que je me trouve un appartement. J'avais suffisamment économisé pour tout au long de ma "carrière". Tranquillement, je me lève. Mes jambes me font un peu mal, à force de rester assis à rien faire. Rouillées sûrement. Un peu de sport leur feraient le plus grand bien. Je quitte ma chambre, la porte se referme et se verrouille derrière moi. C'est quand même bien le progrès. Je me dirige vers l'ascenseur, mais bifurque juste avant sur la porte des escaliers de service. Je jette un regard tout en bas. Cinquante-quatre étages, avec vingt marches par palier, un palier supplémentaire se trouvait entre chaque étage, soit en tout deux mille soixante marches. Je les avais parcourues des centaines de milliers de fois. Il fallait que je batte mon précédent record. Si je réussissais, je n'aurais alors marché que sur trois cent soixante marches. Le seul ennui était peut-être les murs aux paliers... peut-être. Je prends mon élan, et commence à descendre les escaliers... six marches par six marches. J'arrive en palier. Je saute sur le mur, et prends mon appui, puis saute sur la parcelle d'escalier suivante. Je parcoure ainsi tous les étages, et par chance, personne ne les parcouraient autre que moi à cette heure. Tous les clients mangeaient, ou dormaient même, après une journée de tourisme épuisante. Il faut dire que les tas de graisse qui parcourent les rues maintenant ne sont plus trop axés "déplacements par soi-même". Non, ces personnes préféraient louer un véhicule, et tout faire par le biais de leurs téléphones. J'arrive enfin dans le hall, avec un nouveau record. Un homme s'approche de moi, il porte un costume de portier bleu sombre, la vingtaine, l'air sérieux. Il s'appelait Thomas, un nom bien français, et il avait l'air sérieux. Il leva la main, en guise de salutation. - Encore fait le fou dans les escaliers ? Demanda-t-il. - Il fallait bien que je batte mon précédent records ! - Mouais... prends garde quand même à ne pas détruire les murs, sinon le patron ne sera pas très content. - Ne t'inquiète pas, j'y veille ! Au pire, c'est moi qui repayerais ! - D'accord. Tiens... à propos de payer... - Allez salut ! Je dois y aller ! Thomas n'eut pas le temps de finir sa phrase que j'étais déjà sortit. Cela devait une éternité que je lui devais un coup à boire, je ne sais même plus pour quel pari idiot. En attendant, je n'avais toujours pas réglé ce problème de chambre, mais aucune importance. L'appartement d'abord, surtout que j'avais enfin réussi à en réserver une. Dehors, la rue. Remplie de ces grosses pieuvres qui forment la population aujourd'hui. Manger devenait une véritable drogue, et les petits devant leurs consoles de jeux ne s'amélioraient pas. Tous dans leurs voitures, les bourrelets à l'air, le sourire niais, exhibant leurs rondeurs, tous fiers, tandis que moi, je les regardais passer, ces gros tas difformes, car c'était le terme qui convenait à la situation. Je divague au fil de mes pensées, le long des avenues, longeant de grands pavés de métal et de verre. Vivement que ça s'arrête. Je croise quelques personnes "normales", qui me saluent comme si j'étais un être humain, et non pas une "chose" nuisible à leur bon vivre. J'entre dans le quartier "sain", ou on mange de tout, mais en quantité raisonnable. Même si les sushis étaient au rat, je m'en fichais royalement, du moment que c'était mangeable et que j'étais à l'abri des regards des pachydermes ambulants du Texas. D'ailleurs, ce fut un sushi que je pris. "Poisson frais" spécifiait la pancarte, donc autant dire que c'était du poisson datant d'une bonne semaine. Je tourne un coin de rue et jette le sushi dans la première poubelle qui passe, rare d'ailleurs depuis les attentats du onze septembre. Je me livre alors à un petit calcul mental, ma spécialité. Deux semaines de réservation dans l'hôtel me coûtait exactement trois cent dollars. Cela faisait quatre ans qu'il habitait là, soit mille quatre cent soixante et un jours, ce qui nous faisait environ deux cent neuf semaines. J'avais dépensé trente et un mille trois cent sept dollars pour mon séjour à l'hôtel, soit le prix d'une assez grande maison. Voilà une somme à faire chavirer plus d'un esprit. Il ne me restait plus qu'à aller acheter cette maison, avant que mon chef ne fasse une crise en apprenant que je n'en ai toujours pas, et que le service de financement allait encore devoir me payer l'hôtel. Je traverse la rue, paisiblement, en sautant sur les capots des voitures attendant au feu rouge, impatients de pouvoir de nouveau appuyer de toute leurs forces sur l'accélérateur quand il passera au vert. Je descend dans la station de métro. Comme d'habitude, le clochard était là, mendiant ses quelques pièces pour manger. Le vendeur de fleurs, à un dollar la rose rouge. Celles qu'il tenait dans la main commençaient à décrépir. Vient ensuite le jeune drogué, qui s'approche de moi, comme d'habitude, et demande si je n'aurais pas un peu d'argent pour lui. Je ne dépense pas mon argent en drogue, aussi je passe à côté tout en l'ignorant. Le flot intarissable de jurons sort de nouveau de ses lèvres. Je regarde aux alentours : pas âme qui vive. Je me retourne, retourne au jeune drogué. Ce qui suit n'est pas comme d'habitude. Je fais sortir une petite aiguille de ma bague, et la lui plante dans le bras. Celui-ci se recule vivement, puis tombe contre le mur, l'air endormi. Je lui fais un petit sourire, puis continue ma route. Une personne me pousse légèrement en courant. Je remarque que c'est l'agent immobilier. L'homme que j'attendais. Il part vite au WC. Je m'adosse à une colonne, et mets les mains dans les poches, puis patiente. J'attends une minute et onze seconde exactement, puis me dirige vers les toilettes à mon tour. Je m'assure d'avoir le contrat dans la poche. C'est bon, il y est. Je pousse la porte, et inspecte l'intérieur. Tout est brillant, normal, vu que les services sanitaires sont passé peu de temps auparavant. Une pancarte "attention, sol glissant" est posée au fond de la pièce. Une seule cabine est occupée. Je me place pile dans l'axe de la porte, et sors l'argent. La porte s'ouvre. L'agent pousse un cri d'horreur et sa figure se tord dans un rictus de stupéfaction. La balle vient se loger entre les deux yeux, et l'homme s'effondre. Le sang se répand, mais ce n'est plus mon problème désormais. Je range l'arme, et repars. Le Chef va être content de mon travail, et j'aurais peut-être le droit à une récompense, comme un nouvel appartement. | |
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